Un animal de compagnie n’est pas un enfant aux yeux de la loi
En France, plus d’un foyer sur deux possède un animal de compagnie. Lors d’une séparation ou d’un divorce, la question de savoir « qui garde le chien ? » ou « qui garde le chat ? » devient parfois aussi conflictuelle que celle de la garde des enfants.
Pourtant, le droit français ne prévoit aucun mécanisme de garde alternée, de droit de visite ou de résidence pour un animal de compagnie. Malgré la réforme de 2015 qui a reconnu aux animaux le statut d’« êtres vivants doués de sensibilité », leur sort en cas de séparation reste régi par le droit des biens.
Le statut juridique de l’animal : entre sensibilité et propriété
Depuis la loi n° 2015-177 du 16 février 2015, l’article 515-14 du Code civil dispose :
« Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens. »
Cette avancée symbolique n’a pas modifié les règles applicables en matière de partage. Concrètement, en application de l’article 528 du Code civil, l’animal domestique demeure juridiquement un bien meuble. Il est donc soumis aux règles de la propriété, de l’indivision et du partage — et non à celles de l’autorité parentale.
Pas de « garde alternée » ni de « droit de visite » pour un animal
La jurisprudence est constante sur ce point : le juge aux affaires familiales n’a pas compétence pour fixer un droit de visite ou une garde alternée sur un animal de compagnie.
Dans une décision du Tribunal judiciaire de Bobigny du 14 octobre 2024 (n° 23/03498), le juge a déclaré irrecevables les demandes d’une épouse visant à :
- Fixer la garde de l’animal de compagnie en alternance au domicile de chacun des époux ;
- Ordonner un partage par moitié des charges d’entretien de l’animal ;
- Obtenir le remboursement de frais vétérinaires.
De même, les demandes du mari visant à « supprimer le droit de visite et d’hébergement du chien selon les déplacements de l’enfant » ont également été déclarées irrecevables.
Cette position s’inscrit dans la ligne de la Cour de cassation, qui dans un arrêt du 20 novembre 2013 (1ère Civ., n° 12-29.174) avait confirmé le rejet d’une demande de « garde » d’un chien, la cour d’appel ayant renvoyé cette question aux opérations de liquidation-partage de l’indivision.
Alors, comment le juge tranche-t-il ?
En l’absence de texte spécifique, le sort de l’animal se règle selon les règles classiques du droit des biens. Plusieurs critères entrent en jeu.
1. La preuve de la propriété
Le juge recherche qui est le propriétaire de l’animal. Dans un jugement du Tribunal judiciaire du Mans du 25 septembre 2025 (n° 24/02045), le juge a attribué une chienne Lhassa Apso à l’ex-partenaire qui l’avait achetée et payée avec ses fonds propres, en application de la règle « en fait de meuble, possession vaut titre » (article 2276 du Code civil). Le juge a ordonné la restitution de l’animal sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Les éléments déterminants sont : le contrat d’achat au nom de l’un des époux, la preuve du paiement avec des fonds personnels, et la carte d’identification (puce électronique ou tatouage).
2. La convention entre époux
La solution la plus efficace reste l’accord amiable. Un jugement très récent du Tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand du 13 janvier 2026 (n° 24/04713) en donne une illustration remarquable : le juge a homologué une convention d’indivision signée par les époux organisant la gestion de leurs 10 chats, propriété indivise du couple.
Cette convention — annexée au jugement de divorce et revêtue de la formule exécutoire — permet aux ex-époux de prévoir librement les modalités de garde, de partage des frais et d’hébergement de leurs animaux.
3. L’animal qui « suit les enfants »
Certains juges adoptent une approche pragmatique en décidant que l’animal suivra les enfants dans leurs déplacements. C’est la solution retenue par le Tribunal judiciaire de Versailles le 19 avril 2024 (n° 21/06549), qui a ordonné dans le cadre d’une résidence alternée que « les animaux de compagnie de la famille suivront les enfants ».
Cette solution, fondée sur l’intérêt de l’enfant, permet indirectement d’organiser une forme de garde partagée de l’animal.
Nos conseils pratiques
Si vous êtes confronté à cette situation, voici les recommandations de notre cabinet :
- Conservez les preuves de propriété : contrat d’achat, factures vétérinaires, carte d’identification à votre nom.
- Privilégiez l’accord amiable : rédigez une convention organisant les modalités de garde et de partage des frais, que le juge pourra homologuer.
- Anticipez dans le contrat de mariage ou le PACS : prévoyez une clause relative au sort des animaux en cas de séparation.
- Faites valoir vos droits dans le cadre du partage : l’attribution de l’animal se discute lors de la liquidation des intérêts patrimoniaux, pas dans le cadre des mesures relatives aux enfants.
Un droit en évolution ?
Plusieurs propositions de loi ont été déposées ces dernières années pour créer un véritable statut de l’animal dans le cadre du divorce, avec la possibilité pour le juge de fixer un « droit de visite » ou une « garde alternée » en tenant compte de l’intérêt de l’animal et de l’attachement affectif de chaque époux.
En attendant une éventuelle réforme législative, le cabinet Atlantis Avocats vous accompagne pour défendre vos intérêts et trouver la meilleure solution pour vous — et pour votre compagnon à quatre pattes.
Article publié le 13 mars 2026 — Cabinet Atlantis Avocats, Toulouse. Les informations contenues dans cet article sont données à titre informatif et ne constituent pas un avis juridique personnalisé.



