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Séparation : un parent peut-il exiger de connaître l’adresse et le lieu de vacances de son enfant ?

Un parent peut-il exiger de savoir où vit son enfant après une séparation ?

Après un divorce ou une séparation, la vie de chaque parent se réorganise. Nouveau logement, nouveau compagnon, vacances avec l’enfant dans un lieu inconnu de l’autre parent… Ces évolutions suscitent des interrogations légitimes : ai-je le droit de connaître l’adresse où vit mon enfant chez l’autre parent ? Puis-je exiger de savoir où il part en vacances ?

Ces questions, très fréquentes en pratique, trouvent des réponses dans le Code civil et dans une jurisprudence constante de la Cour de cassation.

L’obligation d’information réciproque entre parents séparés

Le principe fondamental est posé par l’article 373-2 du Code civil :

« La séparation des parents est sans incidence sur les règles de dévolution de l’exercice de l’autorité parentale. Chacun des père et mère doit maintenir des relations personnelles avec l’enfant et respecter les liens de celui-ci avec l’autre parent. »

Ce même article ajoute que tout changement de résidence de l’un des parents, dès lors qu’il modifie les modalités d’exercice de l’autorité parentale, doit faire l’objet d’une information préalable et en temps utile de l’autre parent.

Cette obligation n’est pas une simple recommandation : c’est une obligation légale, dont le non-respect peut avoir des conséquences directes sur les modalités de garde.

Le droit de connaître l’adresse du domicile de l’enfant

Lorsque l’autorité parentale est exercée conjointement — ce qui est le cas le plus fréquent, même après un divorce — chaque parent a le droit de savoir où réside son enfant. Ce droit découle logiquement de l’exercice de l’autorité parentale et de l’obligation de protection qui en résulte.

En pratique, cela signifie que le parent chez lequel l’enfant ne réside pas habituellement est en droit de connaître :

  • L’adresse du domicile de l’autre parent où l’enfant vit ;
  • Tout changement d’adresse, y compris en cas d’emménagement avec un nouveau compagnon ou une nouvelle compagne ;
  • Les coordonnées permettant de joindre l’enfant.

Ce droit à l’information est indissociable de l’exercice conjoint de l’autorité parentale. Un parent qui ne connaît pas l’adresse où vit son enfant est dans l’impossibilité matérielle d’exercer ses droits et ses devoirs.

Déménagement : une obligation d’information renforcée par la jurisprudence

La Cour de cassation a eu l’occasion de préciser la portée de cette obligation à plusieurs reprises.

Le départ sans prévenir : un manquement sanctionné

Dans un arrêt du 4 juillet 2006 (Cass. civ. 1re, n° 05-17.883, publié au Bulletin), la Cour de cassation a cassé une décision qui n’avait pas suffisamment pris en compte le fait qu’une mère avait quitté le domicile pour s’établir en Nouvelle-Calédonie sans laisser d’adresse. La Cour a rappelé que le juge devait considérer l’aptitude de chacun des parents à respecter les droits de l’autre lorsqu’il fixe les modalités de l’autorité parentale.

Le déménagement sans information préalable pris en compte par le juge

Dans un arrêt du 14 mai 2014 (Cass. civ. 1re, n° 13-17.285), la Cour de cassation a censuré une cour d’appel qui avait fixé la résidence des enfants au domicile de la mère sans avoir suffisamment examiné si celle-ci avait respecté son obligation d’information préalable lors d’un changement de résidence. La Haute juridiction a rappelé que ce manquement devait être pris en considération dans l’appréciation de l’intérêt de l’enfant.

L’information préalable : une condition, pas une autorisation

Il est important de préciser que l’article 373-2 du Code civil impose une obligation d’information, et non une obligation d’obtenir l’accord de l’autre parent. Comme l’a rappelé la Cour de cassation dans un arrêt du 19 octobre 2016 (Cass. civ. 1re, n° 16-19.683), seule est requise l’information préalable et en temps utile de l’autre parent. En cas de désaccord sur les conséquences de ce changement, c’est le juge aux affaires familiales qui tranche.

Et pendant les vacances ? Le droit de savoir où part l’enfant

La question des vacances est tout aussi sensible. Lorsqu’un parent part en vacances avec l’enfant, l’autre parent peut légitimement vouloir savoir :

  • Le lieu de séjour (adresse de vacances, hôtel, camping, domicile d’un tiers) ;
  • La durée du séjour ;
  • Les coordonnées pour joindre l’enfant pendant cette période.

Aucun texte n’impose expressément de communiquer un programme de vacances détaillé. Toutefois, cette obligation peut être déduite du principe de coparentalité et du droit de chaque parent à maintenir un lien avec son enfant.

En pratique, de nombreuses décisions de justice prévoient expressément cette obligation. Il est fréquent que le jugement de divorce ou l’ordonnance du juge aux affaires familiales contienne une clause imposant à chaque parent de communiquer à l’autre ses coordonnées de vacances et celles de l’enfant.

Le cas particulier des déplacements à l’étranger

Lorsqu’un parent souhaite emmener l’enfant à l’étranger pendant ses périodes d’accueil, la vigilance est accrue. L’article 373-2-6 du Code civil prévoit que le juge aux affaires familiales peut ordonner l’interdiction de sortie du territoire de l’enfant sans l’autorisation des deux parents. Cette mesure, inscrite au fichier des personnes recherchées, vise à prévenir les risques de déplacement illicite.

Même en l’absence d’une telle interdiction, un parent qui emmène l’enfant à l’étranger sans en informer l’autre parent s’expose à des difficultés, notamment sur le fondement des conventions internationales relatives à l’enlèvement d’enfants (Convention de La Haye du 25 octobre 1980).

Le nouveau compagnon : un droit de regard limité

L’arrivée d’un nouveau compagnon ou d’une nouvelle compagne dans la vie de l’autre parent est souvent source d’inquiétude. Toutefois, le droit sur ce point est nuancé.

Un parent ne peut pas exiger de connaître l’identité du nouveau compagnon de son ex-conjoint ni imposer des conditions à cette nouvelle relation. La vie privée de chaque parent est protégée par l’article 9 du Code civil et par l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme.

En revanche, lorsque ce nouveau compagnon vit sous le même toit que l’enfant ou participe à son quotidien, le parent qui n’est pas hébergeant peut légitimement :

  • S’assurer que l’environnement de vie de l’enfant est adapté et sécurisé ;
  • Alerter le juge aux affaires familiales s’il dispose d’éléments objectifs laissant craindre un danger pour l’enfant (comportement violent, condamnations pénales, addictions, etc.).

La Cour de cassation rappelle régulièrement que le juge doit prendre en compte, au titre de l’article 373-2-11 du Code civil, l’environnement global dans lequel vit l’enfant pour fixer les modalités de l’autorité parentale.

Que faire en cas de refus d’information de l’autre parent ?

Si l’autre parent refuse de communiquer son adresse, ses coordonnées de vacances ou toute information nécessaire à l’exercice de l’autorité parentale, plusieurs recours existent :

1. La saisine du juge aux affaires familiales

Le juge peut, en application de l’article 373-2-6 du Code civil, prendre toute mesure utile pour garantir le maintien des liens de l’enfant avec chacun de ses parents. Il peut notamment :

  • Ordonner la communication de l’adresse du parent hébergeant ;
  • Imposer la transmission des coordonnées de vacances ;
  • Assortir sa décision d’une astreinte (somme due par jour de retard en cas d’inexécution) pouvant aller jusqu’à plusieurs dizaines d’euros par jour ;
  • Prononcer une amende civile pouvant atteindre 10 000 euros en cas d’obstacle délibéré, grave ou renouvelé à l’exécution d’une décision de justice.

2. Le transfert de résidence de l’enfant

Le refus systématique de communiquer des informations à l’autre parent peut être considéré comme un manquement à l’obligation de respecter les droits de l’autre parent. Le juge peut alors décider de modifier la résidence de l’enfant au profit du parent le plus respectueux de la coparentalité (Cass. civ. 1re, 4 juillet 2006, n° 05-17.883).

3. La plainte pénale pour non-représentation d’enfant

Si le refus d’information s’accompagne d’un refus de remettre l’enfant conformément à la décision de justice, le parent lésé peut déposer une plainte pénale pour non-représentation d’enfant, infraction prévue par l’article 227-5 du Code pénal et punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.

Nos conseils pratiques

Si vous êtes confronté à cette situation, voici les recommandations de notre cabinet :

  • Relisez attentivement votre jugement de divorce ou l’ordonnance du JAF : il contient souvent des clauses précises sur les obligations d’information réciproque. Si ce n’est pas le cas, demandez à votre avocat de les faire inclure lors d’une prochaine audience.
  • Communiquez par écrit : demandez les informations par courrier recommandé ou par message écrit (SMS, e-mail). Cela constitue une preuve en cas de refus de l’autre parent.
  • Ne pratiquez pas la rétention d’information : l’obligation est réciproque. Communiquez spontanément vos propres coordonnées et lieux de vacances pour donner l’exemple et renforcer votre crédibilité auprès du juge.
  • En cas de crainte pour la sécurité de l’enfant : ne restez pas dans l’incertitude. Saisissez le juge aux affaires familiales en urgence si vous disposez d’éléments concrets justifiant votre inquiétude.
  • N’empêchez jamais l’enfant de partir avec l’autre parent en représailles : vous vous exposeriez vous-même à des poursuites pour non-représentation d’enfant.

L’essentiel à retenir

L’autorité parentale conjointe implique un devoir de transparence réciproque entre parents séparés. Chaque parent a le droit de savoir où vit son enfant, d’être informé en cas de déménagement, et de disposer des coordonnées permettant de le joindre pendant les périodes de vacances. Ce droit n’est pas un droit de contrôle sur la vie privée de l’autre parent, mais une garantie essentielle du lien parent-enfant.

En cas de refus de l’autre parent, le juge aux affaires familiales dispose de moyens efficaces pour rétablir cette transparence, y compris par le biais d’astreintes et d’amendes civiles.

Le cabinet Atlantis Avocats, basé à Toulouse, vous accompagne pour défendre vos droits parentaux, obtenir les informations auxquelles vous avez droit, et protéger l’intérêt de votre enfant.


Article publié le 13 mars 2026 — Cabinet Atlantis Avocats, Toulouse. Les informations contenues dans cet article sont données à titre informatif et ne constituent pas un avis juridique personnalisé.

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